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Maurice Lévy: «Je ne ferai plus, d’autres feront»

Entretien exclusif

29/05/2017 -

Le 1er juin, Maurice Lévy a cédé sa place de président du directoire de Publicis Groupe à Arthur Sadoun pour prendre celle de président du conseil de surveillance. Il évoque pour Stratégies sa longue carrière, l'évolution du marché mais aussi son propre avenir.

Le 1er juin, l'assemblée générale de Publicis Groupe doit acter la nomination d'Arthur Sadoun à la présidence du Directoire et la vôtre au Conseil de surveillance. Comment envisagez-vous l’exercice de votre future fonction ?

Maurice Lévy. Pour moi, cela va être un changement radical. Depuis mon entrée dans ce groupe, voilà 46 ans, je suis un opérationnel. Je fais. A partir du 1er juin, je ne ferai plus, d’autres feront. Je vais aussi changer mes habitudes puisque je cède mon bureau à Arthur. Je vais m’installer de l’autre côté de l’immeuble… côté sud, cela présente un certain avantage [sourire]. Plus sérieusement, cela va changer beaucoup de choses. Je vais avoir en fait deux rôles. En tant que président du Conseil de surveillance, je vais veiller à la stratégie du groupe, aux intérêts de toutes les parties prenantes et en particulier ceux des actionnaires et des salariés ainsi qu'au bon déroulement de la gouvernance. Mon deuxième rôle consistera à être le meilleur assistant possible pour Arthur. C’est lui qui prendra les décisions, je serai là pour l’éclairer de mon expérience, l’aider de mes contacts et le conseiller sur les risques et les opportunités.
 
« I'll be no backseat driver », avez-vous déclaré à la presse britannique suite à l’annonce de votre succession. Peut-on réellement prendre du recul, tout en étant au Conseil de Surveillance, après avoir pendant plus de 30 ans bâti ce groupe ?

M.L. Initialement, je voulais m’éloigner du groupe à la suite de l’assemblée générale de cette année pour faire autre chose car je pensais que ce serait difficile de ne pas être justement le « back seat driver ». J'ai vécu la période où Marcel Bleustein Blanchet a été à la fois mon mentor et mon censeur. Le côté mentor a été très agréable, la partie censeur beaucoup moins. Je ne veux pas être un frein. Donc, j’assisterai Arthur à chaque fois qu’il l’estimera nécessaire. Nous avons des relations qui sont d’une grande fluidité, d’une grande aisance et très décontactées. Je veux garder ce type de relation avec lui. Il va falloir que je ronge mon frein. Pendant toute cette période de transition, je m’efforce déjà de partager avec Arthur toutes mes décisions. Je n'en prends aucune qui implique l’avenir du groupe s’en lui en parler.

 
Arthur Sadoun accédera à la tête du groupe à l’âge où vous-même aviez succédé à Marcel Bleustein-Blanchet. On dit que vous vous reconnaissez en lui. Cela a-t-il aussi fait partie des critères pour vous succéder ?

M.L. Le risque, quand vous prenez une décision de cette nature, est d’influencer le conseil de surveillance en fonction de vos préférences personnelles, même inconsciemment. Il faut être très prudent parce qu’on peut se tromper. C’est pourquoi nous avons mis en place un processus très long. Cela a commencé par la création de ce qu’on a appelé le «directoire +». Le but était d’y intégrer tous les grands responsables du groupe, et de les associer à toutes les décisions, de manière à ce que celui ou celle qui sortirait du lot et serait choisi comprenne bien le fonctionnement du groupe et tous ses enjeux. Quand en avril 2015, j'ai lancé la transformation du groupe avec le concept de Power of One, nous avons entamé une seconde étape en associant non seulement le directoire + mais aussi quelque 350 dirigeants de manière à ce qu’au moment du choix nous n'ayons pas à faire face à deux ruptures en même temps, à savoir un changement de management, de style, de personnalité et un changement d’organisation. J’ai donc assumé ce dernier consistant à mettre à bas la culture des silos. Il fallait pour cela une autorité sans partage. Il était donc normal que je le fasse. Arthur adhère évidemment à cette transformation et même au-delà, en créant des outils qui vont donner plus de force à tout cela. Il ne reste donc plus aujourd'hui qu’un changement de personne et de style, sachant qu'Arthur est associé déjà à beaucoup de choses.

 
Ce changement de style comment le définiriez-vous ?
M.L. Nous avons des styles très différents. Je ne tutoie pas par exemple. Je suis plus réservé et plus fermé sur moi-même. Mon humour est plutôt caustique. Je manie plus l’ironie que l’esprit ce qui crée de la distance. Je ne me vois pas taper sur le ventre de gens qui ont 35 ou 40 ans. Arthur n’a pas ce genre de réserves. Il est plus ouvert et beaucoup plus décontracté... même s’il porte une cravate. Il est plus disposé à prodiguer des compliments, même s’il n’en pense que la moitié. Je suis plutôt dans des dispositions inverses. Arthur est sans doute plus lisible. Il agit en bande, en équipe qu’il conduit avec beaucoup d’enthousiasme. Il partage davantage ses réflexions alors que je les mûris dans le secret. Il est impatient, plus encore que moi, mais nous sommes dans un monde qui bouge vite. Avant même d’avoir demandé quelque chose, il s’impatiente de ne pas l’avoir eu [rires]. Mais il faut qu’il reste ce qu’il est, je me garde bien de vouloir changer les rayures du zèbre. Bref, nous sommes très différents et c’est très bien. Cela correspond aussi à un changement générationnel.


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