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Topor ramène ses gueules

Exposition

24/04/2017 -

La BNF a consacré jusqu'au 16 juillet une rétrospective de Roland Topor. Une œuvre foisonnante, toujours aussi provocante et protéiforme, du dessin de presse aux affiches en passant par la télévision.

© © Adagp, Paris, 2016
© © Adagp, Paris, 2016

Son père lui avait répété: lorsqu’on est artiste, on ne meurt jamais. «Topor voulait que son œuvre soit diffusée le plus possible. Le contraire de l’élitisme, en somme, explique Alexandre Devaux, historien de l’art. Opposé qu’il était à la pensée unique, il ambitionnait que son œuvre soit multiple.» 

Cette multiplicité, la Bibliothèque nationale de France a décidé de la décliner sous toutes ses facettes, dans tous ses méandres. Une rétrospective en forme de cosmographie intitulée «Le monde selon Topor» jusqu’au 16 juillet 2017. Alexandre Devaux est l’un des commissaires de cette foisonnante exposition. Selon lui, les racines de la luxuriante créativité de Roland Topor sont liées à son enfance, marquée sous le signe de la fuite, la nécessité de la dissimulation.
Roland Topor naît à Belleville en 1938, deuxième enfant d’Abram Topor et Zlata Binsztok. Abram, qui a gagné un second prix de sculpture à Varsovie, arrive à Paris dans les années 1930 pour fuir l’antisémitisme. Peine perdue: en 1941, Abram est victime d’une rafle, envoyé au camp de Pithiviers. Miraculeusement, il arrive à s’en échapper et retrouve clandestinement sa famille pour quelques moments volés aux abords des arènes de Lutèce. Mais en ces temps troublés, la prudence est de mise: la propriétaire de l’immeuble des Topor, une délatrice zélée, les surveille sans relâche. La mère de Roland Topor les incite à mentir.

Dualité

«C’est sans doute à cette période que Roland Topor a développé un imaginaire débridé. Il a toujours estimé que l’imagination était une forme de mensonge. C’est aussi à ce moment qu’il développe un rejet de la norme, de ces gens capables de tout en temps de guerre qui redeviennent tout à fait normaux en temps de paix. À l’instar de cette propriétaire collabo, que les Topor continueront à croiser après la Libération», souligne Alexandre Devaux.

Une dualité qui restera toujours une source d’angoisse, de peur panique pour Roland Topor. Tout comme les alertes sanitaires de l’après-guerre, qui donnent au garçonnet la hantise de ne pas vivre jusqu’à ses dix ans. «Tout cela a créé une forme d’urgence chez Topor, analyse Alexandre Devaux. Et contrairement à son père, il a voulu être connu, beaucoup et très vite.»

La reconnaissance se fera grâce à la presse et à un mentor, le dessinateur Siné. «Dans Complaintes sans paroles, édité par Jean-Jacques Pauvert en 1955 et signé Siné, Topor découvre ce dessin d’humour, inspiré notamment de l’américain Saul Steinberg, un dessin violent, sans légende, hérité du ready-made à la Duchamp».

Durant ses années Hara-Kiri, de 1961 à 1966, Topor reprendra d’ailleurs à l’envi le personnage du monsieur en chapeau melon utilisé par Siné. «Cette figure est inspirée des gravures populaires du début du siècle, parues dans des revues comme le Journal des Vosges ou encore L’illustration, dont Siné et Topor étaient de grands lecteurs, explique Alexandre Devaux. Au fil des années, l’homme au chapeau melon –qui renvoie à cette “norme”, ce modèle de conformisme qui angoisse tant Topor– va laisser place à un personnage de plus en plus métaphysique». Et aussi à des “tronches” malmenées, brutalisées. «Nous venions juste d’incorporer les mots “Journal bête et méchant” au titre, les gueules suppliciées de Topor tombaient à pic», écrit Cavanna dans son livre de souvenirs Bête et Méchant.

Trinité

Paradoxalement et parallèlement à l’univers foutraque du bébé de Cavanna et du professeur Choron, Topor officie aussi plusieurs années pour le très chic magazine Elle. C’est l’époque Peter Knapp, ébullition graphique et créative initiée par le photographe et directeur artistique. «Topor venait se positionner efficacement à côté des Chaval ou Siné qui était “dur” et Folon, plus “doux”», se souvient Knapp. Trinité du style Topor? «Du sang, de la merde et du sexe, lâche Alexandre Devaux. Trois obsessions qui lui viennent sans doute de son séjour forcé à la campagne, en Savoie, pendant la guerre. Ce souvenir de la campagne a développé son regard critique sur la vie urbaine, trop lisse. Avec toujours en creux cette idée qu'il est dangereux de nier l'animalité des êtres humains, sans quoi elle risque de se réveiller, plus forte que jamais.»


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